Alphabétisation de femmes autour d’un manque de moulin à céréales (05.03.2011)

Alphabétisation de femmes autour d’un manque de moulin à céréales (05.03.2011)

Nuit dans le seul « hôtel » de la zone. L’électricité fonctionne uniquement l’après-midi jusqu’à 24h – on commence à dégouliner à minuit lorsque le ventilateur s’arrête. L’eau ne coule que très irrégulièrement: pour la douche, un seau rempli en prévision permet de se rafraichir, mais je vous passe les détails pour les toilettes. Bref, des conditions de luxe en comparaison de ce que vivent les familles du village. Morale de l’histoire: il vaut mieux ne pas être malade en visite de terrain, mais toute l’équipe se porte bien!

Réveil à 5h du matin par le muezzin, et concert de braiments d’ânes, chants de coqs, aboiements de chiens, piaillements d’oiseaux, roucoulements de sortes de tourterelles. Le jour ne pointe que vers 7h.

Village de Sokolodjé ||

Elles sont une vingtaine de femmes analphabètes à se réunir dans une case du village de Sokolodjé, dans la Commune de Tousséguéla

Chaque matin pendant 3 mois, durant le creux des activités agricoles, elles se retrouvent volontairement pour apprendre les bases de lecture, écriture et calcul en langue Bamanan (Bambara). Une méthode particulière qui part de leurs réalités locales.

Cours dans une case du village ||

Au mur de torchis, quelques grandes feuilles de papier sont accrochées. L’une d’entre elles reflète le dessin d’un arbre. « Ce sont les femmes qui ont identifié un problème dans le village, l’absence d’une « masin » (machine, en l’occurrence un moulin à céréales), commente la « facilitatrice », et je greffe l’apprentissage sur cette question. On travaille le « a » de « masin », on le cherche dans d’autres mots d’usage domestique. Et on identifie en commun les causes et conséquences du problème ».

Les racines de l’arbre – le manque de moyens financiers, d’organisation et d’alphabétisation des femmes notamment; le tronc lui-même est le manque de moulin; les branches symbolisent les conséquences – manque à gagner en vendant les céréales brutes et non moulues, temps de préparation du repas, manque de temps pour générer d’autres revenus, etc.; les feuilles représentent les solutions – celle qui a été retenue est que chaque femme va cotiser la somme de 50 FCFA/semaine pour alimenter un fonds dans la caisse de microfinance Karabara qui leur permettra à terme de pouvoir acheter ce moulin en commun.

Apprendre les bases de lecture, écriture et calcul ||

« Maintenant quand mon enfant rentre de l’école, je m’intéresse à ce qu’il y a fait! » témoigne Salija Konaté.

Ce projet va bien au-delà de l’alphabétisation réel de ces femmes – soyons réalistes, parmi celles présentes aujourd’hui, 1/3 suivaient pour la 3e année cette session et n’atteignaient pas le niveau 2 d’apprentissage, c’est-à-dire juste l’écriture de quelques mots connus! Il faut dire qu’entre 2 sessions, 9 mois se passent et peu d’occasion de pratique, elles ont le temps d’oublier…

Mais c’est surtout l’occasion de traiter de problèmes spécifiques – comme par exemple la légalisation des mariages traditionnels pour éviter la répudiation ou l’enregistrement des enfants pour qu’ils obtiennent un acte de naissance – ou de thématiques comme l’hygiène, la prévention du VIH sida, le genre ou la nutrition.

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