Nouvel avenir avec le beurre de karité? (04.03.2011)

Nouvel avenir avec le beurre de karité? (04.03.2011)

Tousséguéla, Cercle de Kolomdiéba, dans la région de Sikasso au sud du Mali. Nous retrouvons un partenaire que TdH soutient depuis 2003, Adac (Association pour le Développement et l’Appui aux Communautés), qui encourage la promotion économique et sociale des femmes de la région.

Au départ, quelques dizaines de femmes se sont organisées pour créer une caisse de microfinance. Accompagnées dans leur démarche par notre partenaire, cette caisse compte aujourd’hui 615 membres, des femmes comme des hommes, et le taux de remboursement des emprunts atteint les 95%! Un véritable succès!

Awa Konery a déjà réalisé plusieurs emprunts à la Caisse, notamment pour louer du matériel durant les périodes agricoles, qu’elle a remboursé dans l’année qui a suivi. « Mon dernier emprunt était de 25’000 FCFA. C’était après la fête (ndlr: après la fête musulmane de la Tabaski, à mi-novembre en 2010). J’ai acheté des arachides et je vais les revendre un peu plus cher. Ça me permet d’acheter du savon, des cubes Maggi… » A chaque emprunt, Awa doit déposer au moins 10% du montant et présenter son projet à un comité de crédit. Un contrat est signé. Son mari est menuisier et elle n’a pas de co-épouse. Ils ont six enfants, l’ainé est en 8e année et le dernier… dans ses bras, un bébé, qui tête alors qu’elle répond à mes questions, debout à côté de la case qui fait office de Caisse.

Awa, bénéficiaire de l'Adac ||

En parallèle des activités générant quelques revenus, les femmes sont encouragées à prendre petit à petit une place plus active, sur le plan familial comme dans les structures villageoises: comité de gestion de l’école ou du centre de santé par ex. Elles ont même réussi à se placer en politique – trois d’entre elles ont été élues il y a 2 ans au conseil communal – et parviennent à faire entendre leur voix. Elles ont notamment plaidé leur cause auprès du Préfet et, un notable du village leur a offert en octobre dernier un terrain de 2 ha situé un peu à l’écart. En janvier déjà elles y ont construit une case qui abrite aujourd’hui un moulin à céréales. Les gens viennent y faire moudre leur mil, maïs ou sorgho pour 25 CFA la boite (la mesure: une grosse boîte rouillée, qui a contenu du concentré de tomate, d’env 2kg). Un autre espace est délimité pour une future case de stockage de leur production communautaire de savon, beurre et pommade à base de karité. Elles aimeraient aussi cultiver une partie de la parcelle.

Un nouvel avenir avec le beurre de karité ? ||

L’énergie et les idées ne manquent pas. Le tout est de bien les accompagner, car comme le dit Siakha, responsable d’Adac, « elles ont la culture de l’aujourd’hui, basée sur la survie. A nous, qui avons été à l’école, de leur distiller celle de la prévision et des étapes à réaliser pour ne pas faire trop d’erreurs et bien développer leurs activités ».

Bénéficiaires de l'Adac ||

Tout ce projet part du postulat, tant de fois vérifié, qu’en améliorant l’empowerment et le revenu des femmes, on a des répercussions immanquables sur leurs enfants et l’ensemble du ménage (ce n’est pas systématiquement le cas en soutenant les hommes…).

||

TdH a favorisé les échanges d’Adac avec d’autres partenaires qui développent des activités similaires au Burkina Faso, nous l’avons vu, et au Sénégal. Des rencontres qui ont été à la base de nombreuses initiatives positives, notamment la question de la sécurité alimentaire qu’Adac développe avec un autre bailleur de fonds.

Vers 20h, repas de grosses pommes de terre frites froides, molles et grasses avec morceaux d’agneau et bouillie de mil (on aura eu à chaque fois des repas variés, étonnement peu de légumes, toujours des céréales riz ou sorgho, et sauce très huileuse)… tout en discutant sur les événements de Côte d’Ivoire, à quelque 80 km de route d’ici. Tout un chacun a des membres de sa famille de l’autre côté, la frontière artificiellement tracée au temps de la décolonisation a coupé en deux tant de familles… Inquiétudes légitimes des répercussions de cette guerre civile qu’ils sentent venir.