Le mariage précoce demeure un problème social majeur en Inde, malgré son interdiction légale. La Prohibition of Child Marriage Act de 2006 définit un enfant comme toute fille de moins de 18 ans et tout garçon de moins de 21 ans. Cette loi rend les mariages d’enfants annulables, permet aux tribunaux d’émettre des injonctions pour les empêcher, et prévoit des sanctions à l’encontre des personnes qui les organisent ou les encouragent, y compris les parents et les autorités religieuses. Elle prévoit également des mesures de protection et de réhabilitation pour les enfants concernés.
Des progrès notables ont été enregistrés au cours des dernières années. La proportion de femmes âgées de 20 à 24 ans mariées avant 18 ans est passée de près de 47 % en 2005–2006 à environ 23,3 % en 2019–2021. Toutefois, cette baisse reste insuffisante pour atteindre l’objectif d’élimination du mariage précoce fixé à l’horizon 2030 dans le cadre des Objectifs de développement durable.
Aujourd’hui encore, environ 23 % des filles en Inde sont mariées avant 18 ans, et 5 % avant 15 ans. La pratique est plus répandue en milieu rural (27 %) qu’en milieu urbain (14,7 %), et touche davantage les ménages les plus pauvres et ceux ayant un faible niveau d’instruction. Les États présentant les taux les plus élevés incluent notamment le Bengale occidental, le Bihar et le Tripura, où plus de 40 % des femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant leur majorité.
Le mariage précoce s’explique par une combinaison de facteurs structurels et sociaux, parmi lesquels :
la pauvreté et l’insécurité économique des ménages ;
les normes patriarcales et les inégalités de genre ;
l’accès limité à une éducation de qualité ;
les traditions sociales et certaines interprétations religieuses ;
les préoccupations liées à la sécurité des filles et au contrôle de leur sexualité ;
la faiblesse de l’application des lois existantes ;
les crises et chocs (pandémies, catastrophes naturelles, déplacements, migrations non sécurisées) ;
les cas de mariages par « fuite » chez les adolescent·e·s, souvent perçus comme une échappatoire.
Ensemble, ces facteurs se renforcent mutuellement, faisant du mariage des enfants un problème profondément enraciné qui nécessite des interventions coordonnées sur les plans juridique, éducatif, économique et social pour être traité efficacement.
Impacts du mariage précoce
Le mariage précoce a des conséquences profondes et durables, en particulier pour les filles.
Impacts sur la santé
Les adolescentes mariées sont exposées à des risques accrus de complications pendant la grossesse et l’accouchement, de mortalité maternelle et infantile, d’infections sexuellement transmissibles, ainsi qu’à des troubles de santé mentale tels que la dépression, l’anxiété et l’isolement social.
Impacts éducatifs et économiques
Le mariage entraîne fréquemment l’abandon scolaire, réduisant les opportunités économiques futures et renforçant les cycles intergénérationnels de pauvreté. Avec peu de formation et de perspectives professionnelles, les jeunes filles mariées restent souvent dépendantes financièrement.
Impacts sociaux et en matière de droits humains
Les déséquilibres de pouvoir au sein du couple augmentent les risques de violences domestiques. Le mariage précoce constitue une violation grave des droits humains, privant les enfants de leur enfance, de leur autonomie et de leurs droits à l’éducation, à la santé et à la protection.
Approches institutionnelles
Face à la persistance du mariage précoce, les autorités indiennes ont déployé plusieurs initiatives visant à prévenir cette pratique et à renforcer la protection des enfants. Des campagnes nationales de sensibilisation, telles que Beti Bachao Beti Padhao (« Sauver la fille, éduquer la fille »), cherchent à transformer durablement les normes sociales en valorisant l’éducation des filles et leur place dans la société.
Parallèlement, des dispositifs de protection ont été renforcés. Une ligne nationale d’assistance pour les enfants en danger (1098), accessible 24 heures sur 24, ainsi que des One Stop Centres, permettent d’apporter un soutien immédiat aux enfants et adolescentes confronté·e·s à des situations de violence ou de mariage forcé. À l’échelle nationale et régionale, des plans d’action coordonnés, notamment la campagne Bal Vivah Mukt Bharat (« Une Inde sans mariage d’enfants »), visent à améliorer l’application des lois et la coordination entre les acteurs locaux.
Enfin, un projet d’amendement législatif présenté en 2021 propose de relever l’âge légal du mariage à 21 ans pour les femmes comme pour les hommes, afin d’harmoniser le droit et de renforcer la protection juridique des jeunes filles.
Approche et actions de Terre des Hommes Suisse et de ses partenaires
En Inde, Terre des Hommes Suisse et ses partenaires mettent en œuvre une approche globale et intégrée, qui privilégie la prévention, l’autonomisation et la vigilance communautaire. L’objectif n’est pas seulement d’intervenir lorsqu’un mariage est imminent, mais de créer un environnement local capable d’anticiper les risques et d’agir collectivement.
Les enfants et les jeunes sont au cœur de cette stratégie. Des clubs d’enfants et des conseils de jeunes leur offrent des espaces sûrs pour connaître leurs droits, comprendre les lois qui les protègent et prendre conscience des conséquences du mariage précoce. Formé·e·s aux mécanismes de signalement et d’orientation, ils et elles deviennent de véritables acteurs et actrices de changement au sein de leurs communautés, capables d’alerter rapidement en cas de situation à risque, comme un décrochage scolaire soudain.
L’approche intègre également une réponse aux causes économiques du mariage précoce. En soutenant des centres éducatifs communautaires et en facilitant l’accès des familles aux dispositifs publics existants, les projets contribuent à réduire la pression financière qui pousse certains ménages à marier leurs filles trop tôt.
Enfin, un travail approfondi est mené pour renforcer les mécanismes communautaires et institutionnels de protection de l’enfance. Des liens sont établis entre les groupes de jeunes, les comités locaux de protection, les autorités administratives, les services sociaux, la police et les instances judiciaires. Cette coordination permet d’intervenir rapidement, de privilégier le dialogue lorsque cela est possible et, si nécessaire, de recourir aux voies légales pour empêcher un mariage précoce.
Cette approche, fondée sur l’engagement des communautés elles-mêmes, contribue à un changement durable des mentalités et à une meilleure protection des droits des filles.
