You are currently viewing “La conviction de mener des actions qui ont du sens”
Entretien avec Lisa Wiedemann- Chargée de programmes Suisse

“La conviction de mener des actions qui ont du sens”

Lisa Wiedemann a récemment rejoint l’équipe de Terre des Hommes Suisse en tant que chargée de programme en Suisse. Elle nous parle de ses motivations et de ses premiers pas au sein de l’organisation. Entretien. 

TdH Suisse : Lisa peux-tu nous parler de tes premiers au sein de TdH Suisse ?

Lisa Wiedemann (LW) : “Mes premiers pas étaient surtout envers mes collègues. Je voulais découvrir les projets en Suisse et leurs relations avec les actions menées dans les autres pays où TdH Suisse travaille.  J’ai voulu comprendre comment l’équipe organise des projets très divers de par le monde tout en répondant à des questions communes et une stratégie globale.

Grâce à mes collègues,  j’ai appris à “sauter” un peu entre les différentes actions que nous menons ici et là-bas. Tous les projets visent à renforcer la participation des enfants et jeunes: C’est fascinant! Ainsi ils deviennent des acteurs visibles et solidaires capables de défendre leurs droits. 

 

Concrètement, j’ai aussi voulu comprendre comment les projets se réalisent. Par exemple dans les écoles en Suisse, l’organisation met en place des animations sur des différentes thématiques liées aux droits des enfants afin de sensibiliser les élèves sur les réalités dans les contextes où nous travaillons (Inde, Afrique de l’Ouest et Amérique du Sud). 

 

C’est très intéressant de voir que  les enfants se questionnent beaucoup sur leurs droits et la vie des autres enfants dans le monde. Ils se rendent compte qu’ils ont également la capacité d’agir ici. Ils apprécient également d’approcher ces questions à travers des jeux participatifs innovants.  J’ai eu la chance de participer aussi  à la Marche de l’Espoir ou préparer la Conférence des Enfants avec mes collègues. Autant d’étapes m’ayant permises de bien m’intégrer dans l’équipe.

Sensibilisation en amont de la Marche de l'espoir

TdH Suisse : Comment se déroulent tes journées de travail ?

LW : En ce moment, mes journées de travail sont alternées entre réunions d’équipe, tâches de coordination, moments de réflexion, lecture. Sans oublier les instants de partage autour d’un café, nous permettant d’aborder des questions de façon plus informelle et rapide. Il y a des échanges avec toute l’équipe TdH nous aidant à mieux avancer vers une cohésion globale de nos actions, et des échanges spécifiques entre les collègues qui mènent les projets ici en Suisse.

 J’ai aussi pu organiser des rencontres avec nos partenaires de réseaux ici en Suisse, notamment ceux dont nous avons des actions en commun.  Les points liés à l’éducation au développement durable (EDD)  dans les écoles en Suisse et la mise en place d’approches plus participatives comme la pédagogie à projet sont alors mis à l’honneur. 

 

TdH Suisse: Comment gardes-tu la force, l’énergie, l’engagement dans ton quotidien « stressant et difficile » ?

 

LW: Ce qui me motive, c’est surtout la conviction de mener des actions qui apportent du sens global. Si on est motivée, l’énergie vient naturellement.  Cet engagement est en lien avec mes valeurs. J’aime le travail d’équipe et la force qu’il peut apporter.  Aussi je ne le ressens pas comme du stress négatif. Il est vrai que parfois je ressens un peu d’inquiétudes envers mes propres enfants, pour lesquels j’ai alors moins de temps et moins d’énergie à la fin de la journée. Je me rassure en me disais que c’est aussi pour eux et pour la défense de leurs droits que je fais ce travail.  

 

TdH Suisse: Tu viens d’organiser la 3è Conférence Romande des Enfants, est ce que tu peux nous en dire plus ? Quel est ton ressenti ?

 

LW: Ce projet met vraiment la participation de l’enfant en centre et c’est  passionant ! Les enfants eux-mêmes choisissent les thématiques sur lesquels ils vont travailler pendant plusieurs jours. Ils formulent eux-même leurs recommandations en lien avec les sujets choisis et s’adressent directement aux politiques. 

 

Je considère ce projet comme un énorme potentiel d’apprentissage.Ce n’est pas qu’une simple “Conférence” tant les étapes avant et après le Jour J sont importantes .  Je pense à tous ces moments moins visibles mais faisant partie intégrante de la découverte de la démocratie et de la citoyenneté: les animations dans les classes sur les droits des enfants, les échanges entre les camarades pour se mettre d’accord sur les thématiques, le vote de représentants… La dimension sociale est également phare : ces enfants, d’univers différents, travaillent plusieurs jours ensemble alors qu’ils ne se connaissent pas forcément. Ils sont capables de trouver un langage commun pour rédiger les recommandations, comprendre et s’entrainer dans différents rôles afin d’être prêt pour une conférence impliquant des politiques. 

 

La question du suivi avec les politiques est aussi primordiale dans ce projet : les “ambassadeurs des droits de l’enfant”, comme nous les appelons, auront aussi  l’occasion de rencontrer des politiques du niveau fédéral et cantonal. Ils peuvent ainsi voir la mise en place de leurs recommandations. C’est aussi une chance pour les politiciens de pouvoir renconter des enfants “avertis en politique” pour échanger avec eux. Je pense qu’il est important que les politiciens puissent formuler des messages dans un language que les enfants comprennent. Ces citoyens que sont nos enfants ne sont pas toujours visés comme public dans la communication politique et c’est dommage. 

 

Finalement, rappelons que ce projet ne pourrait pas exister sans le soutien financier des donateurs et sans l’énorme engagement des jeunes bénévoles encadrant et accompagnant les enfants lors du séjour dans la colonie.

Conférence romande des enfants 2022 Genève

TdH Suisse : Quels sont les enjeux humanitaires d’aujourd’hui et de demain ? En Suisse et à l’international ?

 

En Suisse et à l’international nous sommes confrontés au changement climatique. Cela a un impact sur tous les domaines de nos vies.  La crise climatique est liée à l’accès, l’exploitation et répartition des ressources. Les enjeux en termes d’équité et d’égalité d’accès sont aussi énormes : nous ne pouvons plus garantir l’équité et l’égalité aux ressources naturelles pour les générations futures. Nos enfants seront les plus touchés. 

La pandémie nous a clairement démontrés, que les modèles scientifiques ne suffisent pas à prévenir le comportement humain face à une crise. C’est pour cela je pense que les enjeux humanitaires ici et à l’international sont très liés à la gestion des sociétés en crise. Nous devons créer des sociétés plus résilientes. En termes des droits de l’enfant, il me semble que le droit à la participation est un des droits le plus en danger.  Il est extrêmement important de faire participer les enfants dans la gestion des crises et de ne pas les oublier – comme c’était le cas pendant la Pandémie dans enormément de pays. 

TdH Suisse: Un dernier message en particulier à adresser à nos donateurs-trices ?

 

LW: Donner quelque chose de soi, ce n’est pas qu’un don – c’est aussi une responsabilité envers l’autre. De plus, je pense que la solidarité est la base de notre cohésion sociale. S’engager pour que les droits des enfants soient respectés ici et là-bas, c’est alors garantir que cette cohésion s’inscrit dès maintenant dans notre quotidien.  Les enfants sont certes les citoyens de demain mais surtout les citoyens d’aujourd’hui. En soutenant notre travail, vous vous adressez aux enfants dès aujourd’hui et vous contribuons à la construction du monde de demain, plus juste et plus résilients face aux crises.