Découvrez notre interview de Guerty Aimé, Coordinatrice nationale en Haïti

Découvrez notre interview de Guerty Aimé, Coordinatrice nationale en Haïti

Femme de vocation et d’engagement, Guerty est coordinatrice nationale de nos actions en Haïti. Entre urgence et espoir, elle nous partage sa voix du terrain et son regard sur son pays et sa population qui font face à des défis immenses : catastrophes naturelles successives, violences urbaines, pandémie…

TdH Suisse : Quel est ton parcours ?

 

Guerty. Il est varié ; tout d’abord en tant que journaliste, puis éducatrice en milieu populaire, formatrice dans les milieux paysans et enfin coordinatrice dans le secteur de la coopération internationale.

TdH Suisse : Depuis 23 ans au sein de TdH Suisse, quels sont les grands changements ?

 

Guerty. Il y a des années, le bénévolat avait une place prédominante. Aujourd’hui nos actions ont dû se professionnaliser, même si TdH Suisse compte encore sur de nombreux bénévoles compétents et essentiels à l’organisation. L’esprit est cependant resté le même, l’engagement de chacun est constant en faveur des droits de l’enfant. Au début j’étais seule en tant que coordinatrice des programmes, aujourd’hui je suis entourée d’une petite équipe, motivée et de qualité. Mais avec ses 23 collaborateurs à Genève et une trentaine dans les 9 pays où TdH Suisse agit, l’association a su garder un visage humain, tout en s’appuyant toujours plus sur l’engagement de ses partenaires locaux.

TdH Suisse : Le contexte évolue sans cesse en Haïti. Comment impacte-il ton travail au quotidien ?

 

Guerty. La situation économique s’est beaucoup dégradée ces derniers temps. Les gens s’appauvrissent de jour en jour. J’ai en tête l’exemple d’une école non soutenue par TdH Suisse qui attendait à la rentrée scolaire 320 élèves. Or, le jour de la rentrée, seulement 25 enfants étaient en classe. Les autres parents n’ont pas eu assez d’argent pour payer l’inscription. On me demande aussi souvent pourquoi il y a tant d’adolescents de 16 ou 17 ans qui se trouvent en 2ème année fondamentale (équivalent à la classe de 5P en Suisse). En Haïti, seulement 18% des écoles sont publiques. Les autres étant privées, et parfois très chères, les parents n’ont pas les moyens de payer les inscriptions et frais de scolarité tout au long de l’année. Il y a donc un important abandon de la scolarité chez les élèves. Or, l’école est si importante que les sacrifices des parents sont énormes pour permettre à leurs enfants l’accès à l’éducation. D’où une présence de 35% de sur-âgés dans les classes.

 

Nous sommes aussi particulièrement préoccupés par l’insécurité qui s’est aggravée. On n’ose plus circuler à cause des gangs qui sévissent, rançonnent et tuent. C’est une situation très difficile qui perturbe non seulement notre travail mais aussi l’accès à l’éducation des enfants. Afin de protéger certains d’entre eux et d’assurer la continuité scolaire nous avons pu par exemple organiser des camps d’été.

TdH Suisse : La pandémie de la Covid-19 a-t-elle aggravé la situation ?

 

Guerty. Par chance, ce virus n’a pas fortement sévi en Haïti, même s’il reste toujours présent. Comme dans beaucoup de pays, nous avons été confinés et les écoles ont aussi fermées. Faute d’accès à internet et à l’électricité dans les foyers, TdH Suisse a alors mis en place avec les enseignants, une stratégie innovante : ces derniers visitaient les familles pour donner des devoirs aux enfants, puis y retournaient pour les corriger. Cela a créé, entre enseignants et élèves, une proximité nouvelle et amélioré la qualité de l’enseignement. Maîtres et maîtresses ont aussi mieux compris le contexte de vie des enfants, qui, parfois, devaient marcher 3 heures pour rejoindre l’école. Ce confinement a débouché sur une grande richesse relationnelle.

TdH Suisse : Sur le terrain les émotions sont parfois fortes. Est-ce qu’une situation t’a plus particulièrement émue ?

 

Guerty. Lors d’une visite à l’hôpital, j’ai été interpellée dans les couloirs par une jeune femme, ravie de me revoir. Orpheline suite au séisme de 2010, puis bénéficiaire de notre programme d’appui à la formation professionnelle, elle est aujourd’hui infirmière. Elle a trouvé une place, « sa » place. De tels parcours de vie, je pourrais vous en citer des dizaines et des dizaines, comme celui d’une enfant ancienne domestique qui travaille maintenant dans l’équipe administrative de son école.

 

Mais je ne peux aussi qu’être révoltée face à ces nombreux cas de fillettes agressées sexuellement, face à ces jugements de leur agresseur qui peinent à aboutir, qui trainent des années… C’est un de mes combats personnels, face à l’application d’une justice défaillante, que de me battre avec acharnement pour arriver à des condamnations.

TdH Suisse : L’éducation à l’environnement est une approche transversale, peux-tu nous en dire un peu plus ?

 

Guerty. L’approche que nous soutenons est une éducation contextualisée qui permet aux élèves de développer une réflexion sur les questions d’alimentation, de santé, de droits, de risques climatiques afin qu’ils deviennent des citoyens conscients de l’importance du « bien vivre ensemble ». L’environnement occupe une place de choix car dans la culture haïtienne, l’amour de la terre est présente dans nos gênes ! Nous sommes des habitants de la Terre, notre équilibre et nos capacités de survie dépendent de notre relation avec la planète et de la qualité de l’environnement où nous vivons. C’est évident que sa préservation fait partie de l’enseignement que nous promouvons.

TdH Suisse : Le 20 novembre, Journée internationale des Droits de l’Enfant, approche. Qu’en est-il en Haïti ?

 

Guerty. A cette journée se relit celle du 10 décembre, journée internationale des droits de l’Homme. Les écoles que nous soutenons font un « ruban symbolique » entre ces dates. Journées internationales des droits de l’enfant (20 novembre), des droits de l’Homme (10 décembre),de lutte contre les violences faites aux femmes (25 novembre), journée mondiale du climat (8 décembre) sont des occasions de soutenir le droit des enfants à vivre dans un environnement sain, toutes ces commémorations sont liées. Les différents droits des enfants exigent notre plaidoyer afin qu’ils soient tous appliqués.

TdH Suisse : Un dernier mot à l’attention de nos lecteurs et lectrices ?


Jour après jour, toutes les actions que nous réalisons auprès des enfants, ces destinées, ces vies changées, ces sourires retrouvés ne sont possibles que grâce à votre générosité. Au quotidien, je mesure l’impact de votre soutien et je peux vous assurer que vous êtes des bienfaitrices et bienfaiteurs merveilleux.

 

Nous souhaitons pouvoir étendre notre programme d’éducation aux droits, au développement durable et à la solidarité, et ainsi pouvoir compter sur l’engagement de près de 16’000 enfants, qui nous l’espérons, seront acteurs de changement pour un monde plus juste.

 

Du fond du cœur et au nom de tous les enfants je vous remercie infiniment !

Propos recueillis par Doris Charollais