Parole à Ashish Ghosh, Coordinateur National en Inde

Parole à Ashish Ghosh, Coordinateur National en Inde

Pleinement engagé depuis 17 ans en faveur de la défense des Droits de l’Enfant, Ashish est notre Coordinateur National en Inde. Il nous partage ici son parcours, sa motivation et ses défis quotidiens, dans un pays où les disparités et contrastes restent ancrés.

 

TdH Suisse : Namasté* Ashish. Parle-nous de toi. 

Ashish Ghosh : Diplômé en sciences sociales et management, je vais bientôt avoir 60 ans. Je suis originaire de Kolkata et j’y vis actuellement. J’ai la chance d’avoir une fille de 26 ans.   

Mon parcours humanitaire commence en 1998. Je travaillais pour un projet pilote, mis en œuvre par le gouvernement indien afin de donner accès à l’eau potable à 88 villages. J’ai ensuite été consultant pour une ONG locale, dont l’un des projets était soutenu par Terre des Hommes Suisse. C’est comme cela que j’ai connu l’association.  

 

TdH Suisse : Qu’est-ce que tu aimes dans ton travail ? 

A.G. : Chaque journée est passionnante et stimulante. Il y a énormément à faire, c’est si gratifiant d’être le témoin des sourires d’enfants vulnérables et fragiles que nous aidons. Je me réjouis des changements majeurs produits par nos actions, ces enfants et jeunes sont considérés en tant que tels, mais aussi en tant qu’acteurs de changement. Leur parole est enfin écoutée et entendue !  

 

TdH Suisse : Peux-tu nous présenter l’équipe locale ? 

A.G. : Nous sommes une petite équipe de 4 personnes : Riya, Palash, Soumitra et moi. Ensemble nous gérons 9 projets pour la défense des Droits de l’Enfant en collaboration avec 8 partenaires locaux. 

 

TdH Suisse : Quel impact a eu, et a encore, la pandémie de la Covid-19 ? 

A.G. : Comme partout, le premier confinement a généré incertitudes et confusions. Mais rapidement, grâce à l’appui de l’équipe à Genève, nous avons trouvé des solutions pour que les enfants soient protégés et le moins impactés possible. La deuxième vague a aggravé les difficultés financières des familles les plus vulnérables, c’est pourquoi en novembre dernier nous avons, par exemple, distribué plus de 3’000 kits alimentaires et plus de 10’000 kits d’hygiène pour que les enfants ne soient pas obligés d’interrompre l’école à distance pour aller travailler. Grâce à l’engagement de nos partenaires locaux, nous avons mis en place des cours en plein air ou encore des cours de soutien à distance.

Aujourd’hui encore, beaucoup d’enfants n’ont toujours pas retrouvé le chemin de l’école. La majorité de la population est inquiète et la menace d’incertitude prévaut. L’éducation et la protection des enfants sont en danger, ce qui place tous nos enfants dans une situation extrêmement difficile. 

 

TdH Suisse : Comment gardes-tu la force de faire face jour après jour ? 

A.G. : Les enfants sont les personnes les plus fragiles et vulnérables, et pas uniquement en cas d’urgence. Depuis toujours, ils sont confrontés à des défis. Je pense sincèrement que la défense des Droits de l’Enfant devrait être la priorité absolue pour sauver notre humanité. Pour sauver notre avenir, nous devons travailler sans relâche avec et pour eux, pour protéger et promouvoir leurs droits. Notre approche de renforcement de la participation des enfants et des jeunes afin qu’ils deviennent acteurs de changement en faveur des Droits de l’Enfant dans leur communauté fait éclore de nombreuses initiatives de leur part. Tout cela nous motive chaque jour.  

 

TdH Suisse : Peux-tu nous raconter une situation qui t’a particulière ému ? 

A.G. : J’en aurais des centaines ! Je pense à Laxmi, une jeune fille tribale de 15 ans, issue d’une famille de petits agriculteurs d’un village reculé de Baboida à Jharkhand.  

Elle étudie en 10ème année et suit régulièrement les cours du Support Education Centre de Terre des Hommes Suisse.  

La pandémie de la Covid-19 a été très douloureuse pour sa famille qui ne pouvait plus vendre ses produits agricoles. Sans revenu, leurs petites économies ont été rapidement consommées et ils ne savaient plus comment subvenir à leurs besoins les plus essentiels.  

Alors qu’elle était aux prises avec ces difficultés économiques, Laxmi ne savait pas qu’elle était sur le point de faire face à d’autres difficultés. Un après-midi, ses parents lui ont annoncé qu’ils avaient arrangé son mariage dans un village voisin. Laxmi avait du mal à croire que c’était réel. Elle leur a dit : « Je suis une enfant, comment pouvez-vous penser à mon mariage ? C’est illégal. De plus, je veux terminer mes études ». Mais Laxmi n’a pas réussi à convaincre ses parents qui ne voyaient pas de meilleures solutions. Ils disaient avoir choisi un bon parti pour elle et maintenaient leur choix de mariage. 
Laxmi a rapidement contacté le partenaire de Terre des Hommes Suisse (RDA**) pour leur demander leur aide afin de mettre fin à son mariage. L’équipe s’est rendue dans le village de Laxmi, a parlé avec elle, ses parents, Gram Pradhan (chef de village) et les villageois. Malgré tout, ses parents ne changeaient pas d’avis. Alors nous avons organisé une réunion dans le village, et présenté en détail la loi gouvernementale sur les mariages des enfants ainsi que leurs effets néfastes et même dangereux. Après beaucoup d’efforts et de persévérance, les parents de Laxmi ont finalement accepté d’arrêter le mariage. 

Aujourd’hui, Laxmi poursuit ses études au Support Education Centre de Terre des Hommes Suisse et a passé son premier examen public. Elle est très heureuse et désire poursuivre ses études supérieures. Elle rit et dit : « J’ai toujours su que Terre des Hommes Suisse pouvait stopper mon mariage. Maintenant c’est à mon tour de poursuivre mes études afin de protéger les filles de cette situation. » 

 

TdH Suisse : Quels sont les enjeux actuels ? 

A.G. : Les conséquences économiques liées à la pandémie de la Covid-19 ont aggravé les inégalités. Des milliers de familles déjà vulnérables avant la crise sanitaire voient leurs conditions de vie se dégrader. Et depuis des années, les enjeux climatiques et environnementaux en Inde sont majeurs.  

 

TdH Suisse : Justement, parle-nous de vos actions pour l’environnement ? 
A.G. : L’éducation au développement durable et solidaire de Terre des Hommes Suisse, permet de sensibiliser les enfants et leur communauté à leur environnement. Ainsi, avec notre aide, de nombreuses actions ont été entreprises par des groupes d’enfants comme la réduction du plastique, le tri des déchets, des plantations (arbres et jardins, potagers bio scolaires ou familiaux), le stockage de l’eau pour mieux faire face à la pollution grandissante et aux sécheresses fréquentes.  Les enfants sont très investis par ces actions en faveur de la protection de leur environnement ! C’est leur avenir qui est en jeu… 

 

TdH Suisse : En tant qu’homme, peux-tu nous parler de la condition de la femme en Inde ? 

A.G. : La situation des femmes est très complexe en Inde. Elle varie d’une région à l’autre. La situation des femmes évolue lentement depuis quelques années. La présence des femmes dans des organisations importantes augmente lentement et régulièrement. Certaines femmes ont traversé des horizons, leur présence est perceptible dans les secteurs dominés par les hommes. Des femmes ont été envoyées dans de nombreuses missions spatiales. Nous voyons des femmes se lever en tant que journalistes, politiciennes, médecins, ingénieures, avocates, actrices, et dans beaucoup d’autres sphères professionnelles.  

Celles qui ont la chance d’accéder aux études, de choisir leur carrière, excellent dans tous les domaines de la vie. En Inde, il existe de nombreuses diversités de population, entre le milieu rural et urbain, les personnes lettrées et analphabètes, les plus riches et les plus pauvres, avec des discriminations très visibles. Les jeunes filles en zone rurale sont loin d’avoir les mêmes possibilités que celles des villes. Les changements et les transformations sont beaucoup plus lents qu’en milieu urbain. Elles ont pourtant de grandes capacités et il est regrettable de ne pas leur laisser leur place. Dans les communautés auprès desquelles nous agissons, elles occupent des rôles de premier plan, en tant que protagonistes sociales, enseignantes, membres actives des comités de protection de l’enfance, etc. 

Malheureusement l’exploitation et les crimes contre les femmes se poursuivent encore dans la société indienne. La situation de la femme nécessite encore une grande attention et beaucoup de travail pour que les mentalités changent de paradigme. 

 

TdH Suisse : Enfin, un mot pour nos lecteurs et donateurs ? 
A.G. : En Inde, comme dans de nombreux pays, les enfants sont malheureusement victimes de discrimination, de marginalisation et d’iniquités multiples. C’est une chance d’avoir votre soutien, depuis l’autre bout du monde, pour notre combat quotidien. C’est grâce à vous, que chaque jour, nous pouvons nous battre pour que les droits des enfants, ici et ailleurs, soient protégés et promus. Je vous en remercie sincèrement.  

* Salutation utilisée communément en Inde pour dire Bonjour

** Association Rurale de Développement

TERRE DES HOMMES SUISSE EN INDE

 

Terre des Hommes Suisse est active depuis 1995 en Inde avec un solide réseau de partenaires locaux.  Ses actions sont principalement concentrées en Inde orientale. Elle opère au bureau national de coordination basée à Kolkata et soutient 8 projets sur l’éducation, la protection des enfants, et la promotion de la participation et de la citoyenneté, dans 4 états : Jharkhand, Madhya Pradesh, Odisha, West Bengal.

 

En 2021,  il y a eu 75’005 bénéficiaires directs, dont 44’217 enfants et jeunes*. Ces derniers, privés du système scolaire public en raison de la pandémie, ont pu recevoir un soutien éducatif de qualité afin de poursuivre leur éducation et éviter les risques d’exploitation, de travail forcé, de mariage précoce voire de traite humaine. 

 

* chiffres RA 2021 TdH Suisse